Ahmedabad
Quel plaisir de vous lire et de vous entendre converser ... comme dit Maria.
Ça y est j'ai bougé. Gros stress ce matin, le chauffeur qui devait me conduire à l'aéroport n'est pas venu me chercher à 4 heures comme prévu. Tout arrangé finalement, une ambassador rouge et noire avec un chauffeur originaire de Jaïpur m'a conduit en un éclair à l'aéroport.
Je suis arrivé un peu agité à l'aéroport ; les indiens me font rire quand ils voient un français s'agiter, on dirait qu'ils regardent un film policier... ça les captive et, leur calme et l'habitude de résoudre ce genre de contre-temps m'indiquent la voie à suivre...
Vol au dessus du Rajasthan encore dans la brume matinale et atterrissage au lever du jour à Ahmedabad, petit déjeuner sur Indianairlines.
Le directeur de l'alliance est venu m'accueillir; il m'avait proposé d'être mon hôte durant mon séjour à Ahmedabad.J'avais un a priori contre les français vivant à l'étranger... la plupart rencontrés depuis quelques jours m'épatent. Lui, fait partie de ces personnes qui semblent pouvoir être réellement et complètement eux-mêmes seulement dans ce type de cadre. C'est un linguiste et psychologue de formation, esthète assez déterminé aussi, que j'écoute parler de l'architecture d'Ahmedabad avec bonheur.
Si vous voyiez dans quel cadre incroyable il m'accueille, j'aimerais retrouver tout le monde ici ce soir.
Je veux vivre ici...
Son appartement est simple ; seulement des murs blanchis, des salles de bains en granito, quelques stores et vieux meubles du Nord de l'Inde, plein de livres... j'aime l'atmosphère mais surtout il est perché au 10 ème étage d'une tour en plein centre d'Ahmedabad, avec 5 ou 6 terrasses remplies de palmiers dans tous les angles avec vues plongeantes sur la ville, et une ville indienne avec l'anarchie géniale que ça représente et le vacarme de folie qui s'élève du sol.
De ma chambre, un très beau lit rajhpoute rouge, seul au milieu de la pièce, j'ai la vue sur les toits, les arbres, les avenues, la cohue, les marchés, les vaches qui coupent la circulation, les syndicats de singes tellement stoïques qu'ils deviennent inquiétants... J'ai passé deux heures à regarder ça, allongé sur mon lit et à me dire qu'on pouvait y passer quatre vies!
Pas terminé : un escalier en colimaçon monte au 11ème sur le toit recouvert d'une immense terrasse couverte de palmiers abîmés par le soleil, de cactus, de bambous fatigués, de tables et de sièges en osier d'où parait-il la nuit tombée la vue devient incroyable. On doit y dîner ce soir avec des étudiants en nouvelles technologies, des designers, et la directrice de l'Institut of Design.
La chaleur est montée, aujourd'hui 44 °, très dur par moment puis ça va mieux... tous les indiens se contorsionnent quand je leur dis que je vais à Jaisalmer en juin... ils disent minimum 51 ° ... je veux bien tester mes limites mais je sens qu'il va falloir faire preuve d'imagination et d'aménagements si on veut pas s'enflammer dans le sable...
Cet après-midi, visite de l'Institut du Textile construit par Le Corbusier et où il s'est laissé aller, et même fait certainement très plaisir le vieux Corbu. Alain ( mon hôte) me disait c'est de la science-fiction, c'est ça... Des escaliers dans le vide, des amphithéâtres tout en courbes, revêtus de bois, des plafonds bombés, des murs troués, des terrasses suspendues et des jeux de couleurs que les indiens n'ont pas touché depuis 40 ans en l'investissant à l'indienne avec ventilateurs et pots de cactus en file indienne...
Tout était vide, lorsqu'on s'est baladé dans cet espace à la Chirico ; de temps en temps par une porte entrouverte on voyait un vieux bureau poussiéreux, plein de paperasse, avec un paravent en carreaux rouges et jaunes écaillés, magnifique pièce de Corbu utilisée pour ce qu'elle est... Les indiens me font adorer Le Corbusier...
Demain je dois présenter mon travail aux étudiants de l'Institut de Design et je m'inquiète un tout petit peu, mais en plus de cela, le directeur de l'alliance voudrait que j'intervienne pour parler de ma perception de l'oeuvre de Poussin... lors d'une conférence indienne demain soir. Si c'était Watteau ou Carravage ou je sais pas moi... mais Poussin ! Fred s'il te plaît aide-moi... C'est quoi Poussin ? Dis moi, fais le cours avec moi. C'est à la même heure que notre cours à St Denis d'ailleurs, mais quelques kilomètres à l'Est... Tu parleras par ma bouche... en anglais bien sûr... Donne moi une bonne idée, après je broderai en hindi...
De grosses brises à tous,
Pascal