Delhi à nouveau
Le fait de rester plusieurs semaines dans chaque lieu, implique fatalement que l'on commence à prendre racine et à créer un quotidien et des relations précieuses. A chaque fois, lorsqu'il faut faire les adieux, c'est triste triste triste Après le massage matinal et les adieux donc, nous avons fait 3 heures de route pour rejoindre Trivandrum, dont le vrai nom, Thiruvananthapuram donne une idée de la concision et des syllabes en cascade de la langue Tamoul.
J'en raffole et peut passer des heures à écouter ça, comme si j'avais accès à une poésie antique Ecouter cette langue renseigne sur une infinité de choses, quant aux êtres humains qui la pratiquent, sensation très exactement opposée à celle que je ressens en écoutant un américain s'exprimer.
Donc, après 3 heures de route à travers les champs de bananiers pour rejoindre le petit aéroport de Thiruvananthapuram, nous avons volé deux heures pour atteindre Bombay. Moi j'ai fait escale sans descendre et nous nous sommes dit au revoir avec Taryck à la porte de l'avion. Taryck est allé passer la soirée et la nuit chez les parents de Parimala, avant de redécoller ce matin. Moi j'ai redécollé et ai volé encore deux heures pour rejoindre Delhi.
Après 3 heures de route et 4 heures d'avion je suis toujours dans le même pays
En sortant de l'avion à Delhi, de nuit, on a l'impression d'être dans le champ brûlant du souffle des réacteurs. Malheureusement j'ai compris très vite que le souffle des réacteurs soufflait sur tout Delhi.
Une voiture envoyée par l'ambassade m'attendait. Le chauffeur que j'ai trouvé très extraverti et bien peu calme pour un indien s'est révélé passionnant. Dans les embouteillages il m'a raconté son étrange vie. Né intouchable, dans les régions Himalayennes du Cachemire il a bénéficié des mesures concernant sa caste et est venu étudier à l'université près de Delhi dans les années 70. Il promène maintenant les voyageurs à travers le Rajasthan, ce qui semble beaucoup lui plaire. Il m'a laissé supposer qu'il était gay et m'a expliqué quelques événements plus tristes de sa vie que j'ai mal compris, en tout cas liés à des revirements de fortune et quelques bombes pakistanaises sur son village d'origine. Il m'a fait rire en disant les larmes aux yeux I love Sonia Gandhi, and the congrès parti, ce que je peux comprendre quand on est né intouchable dans une région où cela a encore tout son sens. Nous sommes passés en bas de la perspective de Luttens, devant les villas officielles où les événements des derniers jours se sont décidés.
C'était bien différent de voir Delhi après un mois et demi et ces semaines à Ahmedabad, Calcutta, Cochin, Kanyakunari Du côté de New Delhi on roule pendant des heures dans des avenues couvertes d'arbres pour aller d'un point à un autre. Le chauffeur m'a laissé devant La Sagritta, la pension contre le zoo où je descends chaque fois que je suis à Delhi depuis le précédent voyage. J'en suis à mon 5eme séjour dans leurs murs et dans la même chambre.
Ce soir je dois voir Jérôme pour discuter de la conférence de lundi. Je suis ravi de voir Jérôme mais la perspective de la conférence m'inquiète beaucoup. Heureusement je ne suis pas tout seul.
Cet après-midi je vais aller au Taj ( un hôtel luxueux de Delhi ) pour me faire couper les cheveux car j'ai peur des rasoirs des coiffeurs de rue, essayer de trouver une bonne connection internet pour vous envoyer quelques photos, et peut-être plonger dans la piscine s'ils m'y autorisent. Je n'ai même pas osé ouvrir la fenêtre de peur de me retrouver grillé comme un poulet.
Des bises pour tous,
Pascal
En fait depuis tout à l'heure je fais le tour des palaces de Delhi. Car rien n'est simple, même dans les palaces. Le Taj pour une coupe de cheveux, (c'est fait et tres bien fait), mais pas d'accès à la piscine ni internet. Donc l'Ashok Hotel pour internet et maintenant le Samrat pour un plongeon dans la piscine... Après un mois et demi dans les rues de Calcutta et dans le sable du Tamil Nadu, fouler les tapis épais des palaces de Delhi est drôle. Tout le monde a un sourire figé sur les lêvres et sautille sur les tapis, il y a dix serveurs pour un client... tellement qu'on ose plus rien faire par soi-meme de peur de les vexer... Entre les taxis j'ai humé la température, c'est de la folie. Vent brulant, on a l'impression qu'on va pas resister 5 mn, comme quand il fait froid. Voilà pourquoi je me mets à l'abri.