Jaisalmer
I Comment nous avons frôlé la mort dans un ciel jaune citron
II La traversée du désert
III Jawahar Niwas Palace
Depuis que je suis petit je rêve de décollage et d'atterrissage mouvementés dans des décors romanesques, hier mes vux ont été exaucés.
Dans l'après-midi alors que je disais aurevoir à Delhi, allait chercher mes valises etc. le ciel de Delhi a tourné peu à peu au jaune. Souvent en Inde le ciel devient jaune, mais là c'était jaune vif, comme le souffre exactement comme lorsqu'on monte le curseur de jaune à 75% sur photoshop. C'était très beau et inquiétant.
Puis le vent s'est mis à souffler. J'ai retrouvé Parimala à l'aéroport, puis l'orage a éclaté et il s'est mis à pleuvoir des cordes. Le bus qui nous a accompagnés à l'avion datait de l'époque du Raj et il délugeait à l'intérieur comme dehors. Une bourgeoise habillée très classe avec un élégant sari vert émeraude et orange a fait rire le bus en criant soudainement Shiting water !
L'avion était un petit avion. Nous avons décollé à 17 H 15, au bout de cinq minutes je trouvais qu'on volait très très bas tellement que je me demandais si on n'allait pas finir par toucher les immeubles. Puis tout d'un coup on s'est retrouvé au cur du citron. Ciel jaune vif, avec des tornades, des éclairs et la pluie contre le hublot l'avion s'est mis à partir dans tous les sens comme si le pilote avait perdu le contrôle, on montait, descendait et se retournait et on voyait la terre dans tous les sens, perpendiculairement, dessous, dessus les indiens bien qu'étant réputés pour être stoïques devant la mort poussaient des cris d'angoisse, et Parimala m'a fait éclater de rire en disant Bouddha s'il te plait aide moi à rester calme Puis, d'un coup le pilote a mis les gaz et nous sommes montés presque à la verticale pour arriver sur un tapis cotonneux éclairé par un doux soleil. Cela a dû durer trois ou quatre minutes et les choses absurdes qui me passaient par la tête pendant ces trois minutes me faisaient hurler de rire Ce doit être un antidote contre la peur.
Après cela, tout le monde était légèrement euphorique dans l'avion. Nous nous sommes posés très vite dans le petit aéroport rouge de Jaipur. Puis nous avons redécollé et avons survolé les terres sèches du Rajasthan pour finalement nous poser à Jodhpur à 19 h.
Un 4x4 nous attendait avec deux jeunes rajpoutes pour nous amener à Jaisalmer qui est à 300 km à l'ouest de Jodhpur en plein désert, tout contre la frontière avec le Pakistan. Parimala m'avait suggéré d'acheter une bouteille de Royal Challenge, le whisky indien pour nous tenir compagnie pendant la traversée du désert.
La route est vide de nuit, on croise un camion, un chameau ou une antilope toutes les heures et dépassons par contre de nombreuses jeep de militaires, stationnées qui contrôlent la frontière. Parfois les dunes de sable envahissent complètement la route et c'est assez joli dans les phares.
A peine dans la voiture, les effets de l'adrénaline, du décor et du whisky nous ont donné des ailes en matière d'imagination et nous avons imaginé pas mal de choses pour prolonger ce work-shop. Ce qui nous excite beaucoup ce sont les résultats. Je pense que si ça marche si bien, c'est que l'Inde passant directement de la « première vague » (tout ce qui précède la civilisation industrielle) à la « troisième vague », (tout ce qui lui succède) il n'y a pas la fracture du sujet devenu objet et qui lutte pour redevenir sujet je m'explique mal, mais je crois que ça tourne autour de ça.
En tous cas, tout ce que cela change en matière de pédagogie et de savoir est complètement à l'envers de ce qui se pratique. Le tout avec une intervention minimale.
Par ailleurs Parimala veut que très vite nous publions quelque chose dans une revue scientifique pour ne pas être dépossédés par le projet. Vision d'horreur pour elle, les américains qui s'accapareraient nos expériences pour s'en accorder la primeur.
Au bout de trois heures de discussion à bâtons rompus nous nous sommes arrêtés dans une auberge sur le bord de la route, puis nous nous sommes écroulés et avons dormi trois heures, le temps d'arriver à Jaisalmer vers une heure et demi du matin.
Notre nouvelle maison pour les quinze jours à venir a la classe.
Le Maharajha de Jaisalmer étant partenaire du projet, il nous a proposé de séjourner dans un de ses palais construit dans le sable à quelques km de Jaisalmer en payant 25 % du prix (pour ceux qui connaissent Jaisalmer il fait face à la colline des mausolées Moghols).
Mais ce que nous ne savions pas c'est que nous étions seuls dans ce palais.
Seuls avec l'équipe de personnes qui s'occupe du palais et de nous, c'est à dire : un cuisinier, 5 serveurs, 6 jardiniers etc. etc. on a évalué leur nombre à une trentaine de personnes ! Lorsque j'ai plongé dans la piscine deux maîtres nageurs se sont précipités pour veiller sur ma baignade pourtant pas très turbulante
Dans la piscine il y a une grenouille qui nage avec moi et qui vient ensuite se faire caresser comme un chat
Le plafond de ma chambre est à huit mètres au dessus de ma tête, et la chambre au dessus est la chambre où dormait Satyajit Ray lors du tournage du film qui se passe à Jaisalmer, que je n'ai pas encore vu mais que nous avons acheté à Calcutta. Tout à l'heure, après le déjeuner nous avons parcouru les couloirs et les salons pour chercher l'endroit où on allait se poser pour prendre l'apéritif ce soir et fumer un cigare. J'ai l'impression de naviguer dans un rêve depuis que je suis arrivé en Inde.
Ceci dit demain matin nous commençons le troisième work-shop. Nous nous réveillons à 6 heures, faisons deux heures de route aller-retour sur les pistes qui paraît-il mettent les vertèbres en compote, et travaillons ensuite par 50 °, mais tout ça fait aussi partie du film.
Des bises brûlantes,