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L'INDE
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30 mai 2004

Dimanche 50 degrés...

 Nous avons chaque jour à peu près le même enploi du temps et c'est un des grands intérêts de ce voyage. Que le séjour s'inscrive peu à peu dans un quotidien à Calcutta, Kanyakunari, Jaisalmer… Bombay.

Nous nous réveillons à 6 heures et partons en direction du village à 7 heures.

Nous roulons pendant une heure sur la même étroite route droite, à travers le désert et arrivons dans le village à 8 heures. J'aime énormément noter la multitude de mini-changements qui interviennent chaque jour sur cette même route à priori monotone. Des caravanes de chameaux à différents points, des bergers endormis sous les arbousiers, des dunes qui se déplacent, une jeep en panne, des files de femmes qui reviennent d'un puit etc. etc. Hier nous avons vu une gigantesque tornade qui avançait parallèlement à l'auto et à la même vitesse, à une centaine de mètres de la route. Elle aspirait tout sur son passage.

Nous travaillons toute la matinée au village et revenons par le même chemin à midi. Nous arrivons à Jawahar Niwas Palace à une heure, nous déjeunons puis faisons la sieste. A cette heure de l'après-midi tout le monde s'endort pour deux bonnes heures, les grenouilles, les plantes, nous, le personnel… Le personnel, outre le fait de s'occuper des invités, semble être là surtout pour lutter contre l'ensablement du palais. Ils balaient en permanence le sable qui arrive du désert, l'aspirent au fond des bassins, époussètent les murs, et donnent de l'eau aux plantes qui arrivent à pousser… On a l'impression que s'ils s'arrêtaient, il suffirait de quelques jours pour que le désert avale le palais. Ca a dû arriver un certain nombre de fois dans le coin… Donc à l'heure de la sieste tout le monde dort, dans tous les coins, sur le marbre des galeries, sur les tapis, les pelouses, les escaliers etc. Cette communauté de dormeurs me plait assez.

Après la sieste le secrétaire du Maharadjah vient souvent boire le thé avec nous. C'est un grand rajpoute, qui s'appelle Raghubeer Singh, comme le photographe. Il est très sérieux, mais notre compagnie a l'air de le détendre. Chaque jour il nous raconte à mi-voix l'histoire de la région. Si le reste de l'Inde est baigné de sagesse et profondément pacifique, ici ils ont la passion qui boue dans le sang et les pousse à de romanesques extrémités. Chaque fin d'après-midi nous écoutons les aventures incroyables de cavaliers sans tête, de femmes amoureuses qui se jettent par soixantaine des remparts pour échapper à leur destin, de caravanes en déroute, de rois trahis, de femmes guerrières qui éradiquent des armées entières au bout de leur sabre, leur bébé accroché dans le dos, de palanquins chinois avec des espions grimés en princesses népalaises… Nous adorons… Ce monsieur très sérieux est par ailleurs très ouvert aux manifestations du surnaturel qu'il arrive à nous communiquer. Ensuite la nuit tombée il suffit que je me promène calmement dans les salons vides, que je grimpe les escaliers, et que je m'assois sous les clochetons venteux pour laisser aller mon imagination et avoir des frissons partout… c'est un régal !

Hier, dans le village c'était l'étape où nous proposions aux jeunes rajpoutes de photographier ce qu'ils voulaient. Ils nous ont conduit un peu à l'extérieur du village, sur un promontoire en plein désert sur lequel est construit un petit ashram ( lieu de méditation et de plein d'autres choses …d'orgies même parfois, selon la politique de l'ashram ). Celui-ci est petit et construit en pierres sèches, il s'organise autour d'une cour carrée peinte en blanc et rose et domine le désert.

La seule personne qui l'habite est un jeune ascète qui avait l'air ravi qu'on vienne le divertir dans son hermitage. Dès que je suis entré il m'a inspiré de la sympathie, et il me semble que ça a été réciproque. Exactement comme lorsqu'on arrive dans une soirée d'inconnus et qu'au milieu on voit un visage qui bien qu'inconnu nous est familier et avec qui on a envie de passer la soirée à discuter… Pendant que les enfants photographiaient sa retraite il m'a montré comment il vivait , ce qu'il étudiait, m'a parlé de ses gurus avec énormément de bonne humeur et de proximité. Il était extrêmement rieur et je n'imaginais pas qu'un ascète qui vit presque nu, se nourrissant de presque rien, passant ses journées seul à regarder le désert depuis trois ans, puisse rigoler avec autant d'entrain et m'être aussi proche.

Ca m'a beaucoup questionné toute la soirée.

Aujourd'hui, dimanche, nous nous sommes reposés… ce matin j'ai lu sous les clochetons sur le toit en regardant la forteresse de Jaisalmer, et le désert à perte de vue. Alors qu'à la pointe de l'Inde ou à Calcutta on se sent très loin, ici bien que ce ne soit qu'une représentation de l'esprit on se sent relié à l'Europe. Je me trompe peut-être mais il me semble que le paysage doit peu varier à travers le Pakistan, l'Afghanistan, l'Iran, l'Irak, et la Syrie jusqu'à la Turquie… En tout cas il suffit de suivre la route de la soie…

A midi j'ai déjeuné avec Parimala qui m'a entretenu pendant deux longues heures des catégories subtiles de la musique classique indienne. 

Après deux mois, mon immersion devient de plus en plus évidente et je suis heureux de ne voir, de ne parler, de n'écouter, et de ne vivre qu'avec des indiens.

J'ai la sensation que ça pourrait me rendre heureux très longtemps. Le matin en tirant les rideaux de la chambre, le fait simplement de voir une silhouette indienne m'inspire de la bonne humeur. Voilà peut-être pourquoi je suis si facilement de bonne humeur depuis deux mois et proportionnellement dans les villes surpeuplées comme Calcutta.

Il est 18 heures, la chaleur commence à devenir supportable et nous allons pénétrer pour la première fois dans la forteresse de Jaisalmer que nous regardons des fenêtres et des terrasses depuis cinq jours…

Des bises soyeuses,

Pascal
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Commentaires
P
Je vous donne volontiers 20 degres sans chipauter! <br /> Les enfants ont entre 9 et 13 ans, et reagissent tres differemment a nos propositions mais avec enormement de gourmandise... j'essaye pour ma part de reagir aux leurs. Les enfants sont comme les adultes avec les questions inutiles en moins...<br /> Pascal
S
Vous voilà de venu jeune sage indien à l'écoute des légendes de tradition orale ,( il faut les retenir elles peuvent inspirer quelques écrits ), capable de recevoir les convidences d' un ascète, recherche de vie pourtant difficile à saisir, et surtout heureux, sans besoin d'un visage blanc ! <br /> Quel âge ont les enfants avec lesquels vous travaillez? Sont ils réceptif à votre démarche, je pense que oui car il me semble que la plus grande qualité de l'enfant est la spontanéité à entreprendre quelque chose nouveau, par curiosité, par ouverture d'esprit et par attirance de l'inconnu .<br /> Vous dîtes que vous vous sentez proche de l'Europe. Pour ma part , à l inverse, après chaque lecture de vos messages, je me sens transportée ... Envoyez nous un peu de chaleur, il fait si froid à Paris! Bonne visite de la forteresse. Amitiés. Guîta<br />
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