Depuis que je suis arrivé en Inde j'essaye
Depuis que je suis arrivé en Inde j'essaye d'oublier toute comparaison avec la France dans un sens comme dans l'autre.
Pourtant il y a une courte phrase de Chris Marker dans un journal de voyage que j'ai lu un mois avant mon départ qui me revient presque tous les jours et qui explique en partie la bonne humeur qui ne me quitte pas souvent depuis mon arrivée.
Il dit qu'en Asie il a trouvé le bonheur d'échapper à « la hargne égalitaire des occidentaux ».
Ce paradoxe a pris tout son sens depuis que j'ai posé le pied ici. De façon limpide à Calcutta, mais aussi chaque jour en marchant dans la rue, en ayant des problèmes à résoudre, en discutant et en regardant la bonne humeur, l'affection et la confiance, l'humanité qui circulent entre chaque personne.
Souvent, les occidentaux parlent avec stupéfaction ou condescendance des systèmes de castes hindous, de l'organisation verticale etc. oubliant de se demander pourquoi en Inde tout le monde à l'air si heureux et fier d'être ce qu'il est, et pourquoi nous redoutons tant après un voyage en Asie de retrouver les visages fermés, les masques et la calme violence des rapports qui pour ma part m'inspirent des découragements et une solitude de plus en plus lourds.
Ce n'est pas pour autant que je poursuivrai cette réflexion vers les conclusions idéologiques de Daniélou. Je préfère m'en tenir à la constatation plus sage du mélancolique Chris Marker en me disant qu'avec un peu de chance ce que j'apprends ici me permettra de vivre autrement cette « hargne égalitaire ».
Je crois que la dernière fois je m'étais arrêté, juste avant de pénétrer dans le fort de la ville de Jaisalmer.
J'y suis retourné hier au soleil couchant. C'est magique de découvrir cette grosse organisation urbaine de mille ans, plantée au cur du désert.
Nous avons pris un rickshaw pour aller à Jaisalmer et en quelques secondes on a quitté l'étendue désertique à perte de vue pour se retrouver dans une ville grouillante, avec des remparts gigantesques, des palais de sept ou huit étages, et des maisons ciselées sur chaque centimètre carré de la façade.
On a l'impression de rentrer dans Babylone in live. Les ânes et les chameaux dévalent les rues pavées, les marchands enturbannés sont assis devant leurs négoces, des groupes de femmes enroulées dans des saris avec des couleurs délirantes et couvertes de bijoux de la narine jusqu'au petit orteil s'entretiennent devant leurs portes. A travers les portes ouvertes on aperçoit des merveilles d'art de vivre avec des grappes de personnes à moitié nues qui ne font absolument rien devant des bouquets d'encens, des énormes coffres dorés et des décors à la Salammbô, et puis toujours les temples qui fument, les dieux extravagants dans leurs cages, et les vaches avec des guirlandes sur la tête qui bouchent toutes les issues et qu'il faut enjamber
Le premiers soirs nous avons passé un très long moment dans l'atelier d'un jeune joaillier adorable. Il nous a ouvert tous ses coffrets pour nous montrer le travail de plusieurs années, puis nous a laissé 20 bonnes minutes au milieu de toutes ses parures pour aller nous chercher à boire.
A son retour, je lui ai demandé s'il ne s'était pas inquiété de nous laisser autant de temps seuls avec tous ces bijoux, et il nous a répondu avec un doux sourire une phrase sur la confiance qui m'a donné des frissons de plaisir.
Le lendemain, hier, j'ai passé un long moment sur la terrasse d'un marchand d'étoffes et de tapis d'où on domine tous les toits de Jaisalmer et le désert. Il héberge depuis plusieurs mois dans sa maison une jeune danoise architecte, très allumée, qui a décidé de quitter Copenhague « pour très longtemps » et qui affiche sans fausse pudeur sont goût pour la lascivité des garçons indiens. Vikram Seth, dit que « les garçons indiens ont la lascivité au fond du cur », ce qui n'est pas très difficile à imaginer.
Je m'étais juré de ne rien acheter à Jaisalmer car je n'arrive déjà plus à fermer mes valises, mais au milieu des montagnes d'étoffes j'ai trouvé et finalement acheté un petit tapis, rouge, orange et rose et tout brodé de métal pour inviter à boire lascivement des lassis chez moi à mon retour
Il me l'a vendu pour un prix qui fait ouvrir des yeux ronds à Parimala qui dit que j'ai sûrement oublié un 0, pourtant non ; magic carpet
L'astucieux marchand a installé dans sa boutique moyenâgeuse une web caméra et fait la démonstration de ses articles in live à qui vient se connecter sur son site ce qui lui permet d'écouler sa marchandises aux quatre coins du monde.
Il m'a ramené en moto en me disant de ne pas répéter le prix qu'il m'avait fait payer, ce qui est une phrase assez courante pour conclure de longues négociations de marchandage, mais là il n'y a même pas eu de marchandage et le prix est dérisoire. La seule explication qu'il m'ait donné est que je lui étais sympathique et que j'étais artiste... Doux marchand !
Ce matin en arrivant à 8 heures, les enfants de Khuri nous ont conduit sur les dunes de sables qu'ils voulaient photographier et faire rentrer dans l'ordinateur.
A huit heures du matin c'était génial de rouler dans le sable ils s'amusent avec les dunes comme on joue avec les vagues dans la mer. Un père chamelier nous a proposé, de nous conduire plus loin en chameaux dans le désert un de ces soirs un autre nous a apporté un délicieux lassi à la rose pour nous réhydrater.
Muchos besos !
Pascal