Full moon
Aujourd'hui je sacrifie la sieste pour un court moment sur le blog.
La chaleur monte et hier, en fin de journée, nous nous sommes aperçus que le thermomètre dépassait avec aisance les 50°
Pourtant la chaleur que je craignais tant à Jaisalmer, ne m'est pas si pénible. J'essaye de m'en accommoder comme on apprend à se protéger du froid.
Mais surtout ce qui me plait le plus c'est de voir Jaisalmer et le désert par ces températures furieuses, c'est comme voyager en Sibérie au mois de décembre.
La lumière ressemble à une image sur photoshop dont on aurait monté la luminosité et le contraste à 50%.
En faisant les 100 km aller-retour, quotidiens, on croise en plein désert, des femmes, des hommes et des enfants qui marchent sur de longues distances, à l'heure la plus chaude et en transportant souvent de l'eau ou autre chose sans que cela ne semble les affecter. J'ai l'impression de voir des mutants.
En suivant des yeux ces files de couleurs acidulées dans la lumière blanche c'est presque un mirage. Parimala n'arrête pas de s'exclamer, « Superb ! », son expression favorite dont le ton emphatique m'amuse beaucoup.
Je disais, hier, que l'excentrique doctor Mitra est arrivé pour nous rendre visite à Jaisalmer. Il est physicien, a écrit une thèse sur l'électricité dans le cerveau, est fils d'un psychanalyste bengali ( Calcutta ), et c'est lui qui a créé et mis au point ce génial projet, et passe son temps dans les capitales à chercher de l'argent pour continuer à le financer. Il s'habille de kurta pyjamas brodées, porte au choix des casquettes américaines ou des turbans, et des lunettes à la Onassis.
Il prend son premier apéritif à la fin du petit-déjeuner, rit à la fin de chaque phrase et ses sujets favoris sont les extravagances sexuelles des dieux hindous, de sa famille bengali, la métaphysique, et la diversité de réponses que chaque peuple donne à un même problème. Tous ces sujets de conversation me vont à merveille et nous nous entendons tous les trois comme si nous nous connaissions depuis 10 ans. J'imagine que pour des yeux extérieurs, Parimala, Doctor Mitra et moi formons un trio singulier et drôle.
Ces jours-ci, c'est la pleine lune, et avant-hier nous avons parlé très tard dans la nuit, sur le toit d'une maison tout en haut de la forteresse, au dessus du temple Jains, face au palais du Maharadjah, d'où l'on domine le désert jusqu'à l'horizon. Ca me donnait des frissons tellement c'était beau, cette ville pavée et grouillante ïdans le désert, qui ressemble très exactement à l'idée que je me fais de Babylone et qui s'endort lentement à mesure que la nuit avance, aïe aïe aïe !
En dévalant les pentes tous les trois, correctement ivres dans le même rickshaw qui se faufilait entre les ânes, les vaches et les chameaux affalés j'ouvrais grands les yeux pour m'en souvenir le plus longtemps possible.
Hier en fin d'après-midi une famille du village pour me remercier a habillé leur beau chameau, leur unique outil de travail, et leur fils est venu me chercher devant les kiosques pour me conduire sur les dunes au coucher de soleil. C'était assez agréable de grimper dans le sable sur cette bizarre bête qui dodeline. Chaque fois que nous croisions quelqu'un sur le chemin des dunes, puis dans les dunes, il ou elle demandait qui j'étais. Et le jeune chamelier répondait au milieu d'une phrase en hindi, is the computer man cette façon de me désigner dans le désert était assez comique.
Nous sommes redescendus à la nuit tombée et sommes passés devant les puits avec des dizaines de paons et de chameaux qui viennent se réhydrater.
Pour le dîner nous étions invités avec le secrétaire du Maharadjah chez un fermier qui nous a offert une excellente nourriture du désert, à la pleine lune.
Nous sommes revenus à minuit dans une jeep indienne à travers le désert, avec des chansons de film hindis et des antilopes dans les phares.
Avant de me coucher, j'ai plongé dans la piscine avec la pleine lune au dessus des clochetons du palais.
Il est 16 heures, nous repartons en direction du village
Des bises,
Pascal