sports divers
La mousson est attendue d'une heure à l'autre, elle approche, recule, mais le premier déluge n'est pas encore tombé. L'air devient parfois très électrique et la lumière changeante avec des ombres qui bougent.
Hier en fin d'après-midi aux alentours de Colaba j'ai rendu visite à une galerie qui m'a procuré quelques catalogues d'artistes contemporains indiens dont certains font des choses intéressantes, surtout parmi les photographes La galeriste avec un grand nez, trônait au milieu de montagnes d'enveloppes, catalogues, cartons, caisses Quand je voyais quelque chose qui m'intéressait elle appelait un vieux chinois, qui attrapait une mince brochure sous deux mètres de catalogues en équilibre. Elle n'était pas très chaleureuse au départ, mais je suis arrivé à l'amadouer et à la fin elle a fini par me proposer de repasser mardi, car elle me trouverait un catalogue introuvable qui m'intéresserait on verra.
En sortant j'ai remonté les rues jusqu'à Church Gate, puis je suis passé à l'Alliance Française où une belle indienne présentait le film qu'elle a réalisé sur les arts martiaux du Kerala. Pas très excité par le sujet a priori je suis ressorti conquis. D'abord, elle filme très bien les mouvements et la danse entre les corps quasiment nus quant aux arts martiaux du Kerala, je n'avais jamais vu ça. Ils utilisent les mouvements du tigre, du singe pour se battre, tellement qu'à la fin j'oubliais qu'on regardait des êtres humains tant on a l'impression d'être réellement devant des animaux De tous les arts martiaux, c'est le plus élégant et sensuel que j'ai vu. Parfois il y avait des scènes proches du film pornographique, au bon sens du terme.
En sortant j'ai décidé de remonter à Bandra en métro car tout était bouché, et je risquais de mettre de deux à trois heures pour rejoindre l'appartement.
Quelle étrange idée j'ai eu ; à Church Gate, tout allait bien, mais à Mumbai Central une foule a sauté dans le wagon en trois secondes, en se débattant avec une force incroyable. Difficile à décrire. Il faut imaginer une porte de deux mètres de large et trente personnes qui doivent la franchir en trois secondes. C'est un chaos d'une énorme violence.
Les gares passant, le wagon devient compact au-delà du compact, aux portes ouvertes et le long des parois, des doigts accrochés et des corps en suspension à l'extérieur de cette machine infernale. Je pensais à ce qu'on m'avait dit, dix morts par jour dans le métro de Bombay chaque jour. Ma gare approchant j'ai pensé qu'il faudrait que je renonce à descendre car je n'arriverais pas à faire face au flot violent qui se précipite à l'intérieur avant même que le métro ne s'arrête. J'ai eu quelques minutes d'angoisse où j'ai eu la sensation que j'allais me faire broyer ou piétiner, en tous cas ne jamais parvenir sur le quai vivant. Les Bombaiites du wagon m'avaient tous repéré et ne me quittaient pas des yeux. A la seconde où il fallait sauter sur le quai, je me suis jeté dans la foule en sens inverse, ballotté dans tous les sens, refoulé à l'intérieur, puis je me suis retrouvé sur le quai au moment où le métro repartait, vivant. Trois jeunes sur le quai m'avaient vu franchir la vague et regardaient mon air effaré en riant. Ils m'ont accompagné à la sortie de la gare. Je ne le referai plus, car j'ai eu quelques frissons de peur, mais je suis ravi d'avoir expérimenté, ce qu'est un métro à Bombay à sept heures du soir, en 2eme classe, sous un ciel de mousson
En sortant, je me suis retrouvé dans la mauvaise direction et j'ai atterri au cur d'un bidonville.
Par contre, là, aucun frisson de peur, des regards doux, des sourires, et aucune violence dans la rue J'ai même été invité à boire un thé devant une échoppe.
Mais impossible de trouver un rickshaw pour sortir de ce bidonville car personne n'y parle un mot d'anglais, un adolescent est arrivé à expliquer à un rickshaw où je devais aller et je me suis enfin retrouvé dans un restaurant de Bandra vers 21 heures, écrasé de fatigue et d'adrénaline mais assez ravi de ce que j'avais vu les deux heures précédentes.
Aujourd'hui je suis calme et je vais sortir déjeuner car je suis mort de faim, il est 16 heures !
Mon nouveau travail est arrivé, je dois concevoir un livre relatant les differents travaux de ces deux derniers mois Je manque de références graphiques ici, et surtout je ne crois pas être un très bon graphiste mais je vais essayer d'imaginer quelquechose
De grosses bises,