Mexico à Malabar Hill
Hier matin, ça faisait 48 heures que j'étais déprimé et de très mauvaise humeur.
Je ne savais pas pourquoi. Biensûr j'ai laissé calcutta derrière moi mais à ce point!
Je me suis offert une matinée à l'hôtel Taj pour y réfléchir.
Les palaces aident à débusquer la vérité… c'est ce que je me suis dit, histoire d'avoir une bonne raison d'y aller. Je me suis fait couper les cheveux au sous-sol, on m'a fait un massage du cuir chevelu, puis je suis monté au Sea Lounge, face à Gateway of India. Hitchcock avait le projet de faire un film dans cet hôtel qu'il adorait, dommage qu'il ne l'ai pas fait.
Face à la mer grise, j'ai regardé les parapluies immobiles face à la mer en avalant ma charcuterie et mes crudités mensuelles. J'ai mangé, j'ai réfléchi et j'ai compris une partie des raisons de ma nervosité.
Je n'avais pas envie du tout de passer ma dernière semaine indienne dans ma chambre d'hôtel à travailler sur le livre comme je l'avais prévu. L'idée que Bombay vibre à côté et que je n'en profite pas m'a rendu irascible.
Je me suis dit que j'allais être gentil avec moi-même, que j'avais suffisamment travaillé ces trois derniers mois, que je serai toujours à tant de travailler sur le livre à Paris… que si je ne travaillais pas sur le livre, j'allais travailler de toute façon à prendre des photos dans la rue.
Pour conclure je me suis dit que je m'en foutais de toutes les bonnes raisons et que si j'étais artiste c'était pour faire ce que je voulais, et si j'étais en Inde aussi…
De bonne humeur je suis monté au bar au sixième étage pour voir la vue d'en haut et je suis descendu à travers les couloirs des chambres jusqu'aux boutiques dans les grands couloirs de marbre du rez-de chaussée.
Pasolini qui a souvent raison disait que l'hôtel lui faisait penser à un énorme paquebot, c'est exactement la sensation qu'il me donne.
La pluie s'est calmée et j'ai tourné dans les rues derrière le Taj, pleines d'arbres et d'immeubles en bois des années 30 peints en vert, bleu ou rose et de constructions Art-Déco.
J'ai pris un taxi pour me rendre à l'Alliance Française. C'est ce que je fais quand j'arrive dans une nouvelle ville, car on m'y informe de tout ce qui se passe d'intéressant dans la ville les jours à venir. Et puis il faut dire que les Alliances Francaises en Inde rassemblent des jeunes indiennes et indiens souvent très intéressants...
Il paraît que c'est le français qui fait ça. Tant mieux…
Patrick le directeur m'a invité à l'accompagner à 18 heures à deux vernissages avec sa femme, Adriana, une pétillante mexicaine. Nous sommes d'abord allés à la Jéhanguir Gallery, où on m'a présenté à plein de monde, tous les artistes de Bombay, paraît-il étaient là.
L'ambiance vernissage était détendue et joyeuse… nous sommes allés un moment après à la Modern Art Gallery, l'institution d'art contemporain de Bombay.
Il y avait un buffet sur la terrasse, c'était magnifique de boire et manger dans le vent chaud sur la terrasse de ce gros bâtiment gothique face aux autres immeubles gothiques illuminés de Colaba. J'y ai retrouvé par hasard A. souvenir de ma short short love story bombaiites avant le Sikkim.
Patrick et Adriana qui habitent sur les collines de Malabar Hill m'ont proposé de m'avancer et de prendre un taxi depuis Malabar Hill.
Puis ils ont décidé de m'inviter à venir boire un verre. Ils habitent un joli appartement en haut d'un immeuble face aux grands jardins de Malabar Hill et aux Tours du Silence.
Les Tours du Silence sont le lieu où les parsis pratiquent leur rites funéraires. Personne n'y accède excepté la personne chargée des rites.
Les parsis sont une communauté dans laquelle on retrouve une grande partie de l'élite de Bombay très occidentalisée.
Tout le monde les aime et leur attribue de nombreuses qualités.
En haut des Tours du Silence ils déposent les corps de leurs morts afin qu'ils se fassent dévorer par les rapaces.
Je trouve ce rite très très beau… à part que depuis quelques temps les habitants de Malabar Hill râlent, car les aigles et vautours de moins en moins nombreux à Bombay ont laissé leur boulot aux corbeaux, qui moins adroits laissent tomber des morceaux de Parsis au dessus du quartier chic de Malabar Hill…
J'aime énormément ce quartier, genre quartier chic des années cinquante avec de hauts immeubles entourés par la mer.
Nous avons commencé à parler, et à boire en mangeant du fromage et de la viande séchée mexicaine et en écoutant du rock argentin sur les hauteurs de Malabar Hill. Je ne sais pas comment nous nous y sommes pris mais quelques heures après, on avait vidé une demi bouteille de whisky, et une délicieuse bouteille de tequila fumée à trois, et on hurlait de rire en écoutant du rock latino déchaîné face aux tours du silence.
Très très très agréable. La culture latino va parfaitement bien à l'Inde.
Il faut toujours se saouler au moins une fois dans une ville, c'est là qu'on la comprend vraiment il me semble. En tous cas, on la voit autrement, et c'est toujours intéressant de voir les choses autrement.
A deux ou trois heures du matin ils m'ont confié à un taxi en bas de l'immeuble à qui j'ai dû communiquer mon ivresse, car je ne me souviens pas ce que nous nous sommes dit, mais je me souviens qu'on a ri tout le long du trajet jusque devant la porte de l'hôtel.
Les veilleurs de nuit riaient aussi.
Dans la nuit j'ai eu la visite dans mon lit d'une souris.
L'hôtel est pourtant très clean et refait à neuf… j'ai pris les choses calmement et ai enfermé la souris dans la salle de bain. Ce matin il y en avait deux. J'ai demandé de changer de chambre.
A la réception ils ont trouvé ça très étrange que je veuille changer de chambre à cause d'une souris, c'est comme si je leur avait dit qu'il y avait trois mouches dans la chambre. Ils m'ont proposé une grande chambre beaucoup plus chère. Je leur ai dit qu'à cause du préjudice que j'avais subi dans la nuit ils devaient me faire 20%, ils m'ont dit qu'une souris c'était un petit préjudice… après discussion ils ont convenu que j'avais subi un grave préjudice et qu'il fallait me faire au moins 20%. Je suis donc dans une nouvelle chambre sans souris.
Ce matin j'ai pris un rickshaw et suis allé boire le thé chez un artiste qui habite une banlieue au nord de Bombay. Il travaille dans des conditions très difficiles, un petit appartement atelier qu'il partage avec sa femme et sa fille mais a un regard très heureux. Sa fille de cinq ans a demandé d'où je venais. Lorsqu'il lui a dit de France, elle a demandé si c'était loin de son école…
Sur le chemin de retour je me suis arrêté pour manger sur la plage mythique de Juhu…
Un adorable jeune népali m'a ramené en rickshaw jusqu'à Bandra.
J'ai juste le temps de poster le blog, je lirai les commentaires demain, car j'ai rendez-vous à Malabar Hill encore pour faire la fête…
De grosses bises
Votre malabar mexicain